Heure Outre-Atlantique

Martinique: 21/05/2012 19:16
Métropole: 22/05/2012 01:16

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Éponge-vase Ramifiée
Éponge-vase Ramifiée
Sortie de bain (© Mamissi)
Sortie de bain (© Mamissi)
Que la montagne est beeeeeeelle... (© Mick)
Que la montagne est beeeeeeelle... (© Mick)
Bonhomme de sable
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Grève générale !

Depuis quelques semaines, nous suivions de près l’actualité Guadeloupéenne…
Bien avant que Jégo daigne remuer son fondement et pointer le bout de son pif, nous avons vu au fil des jours, sur RFO, la révolte gronder de plus en plus fort sur « l’île sœur », ne pourrissant pas du tout comme pouvait l’espérer le gouvernement, mais au contraire prenant une tournure contagieuse, au point que notre Martinique s’est invitée dans la danse.

© Fernand Bibas / AFP

Jeudi dernier, l’appel à manifester a été suivi par des dizaines de milliers de Martiniquais à Fort-de-France, mais les actions « coup de poing » n’ont démarré que le lendemain.
Les barrages et les opérations « molokoy » (tortue, en créole) on commencé à paralyser l’île dès vendredi (Maïna et moi avons mis plus de 4 heures pour aller au travail, grrrr…).
Par chance, nous avons eu la bonne idée de faire le plein de courses en rentrant vendredi soir : tout le week-end, pendant que nous restions à lézarder chez nous (et sur notre plage :-) ), des groupes de manifestants sont allés de supermarché en supérette, de grande surface en petit commerce, obligeant les magasins à baisser le rideau, donnant parfois lieu à des tensions assez inquiétantes…
Les stations essence ont commencé à fermer les unes après les autres, et même celles qui avaient été réquisitionnées par le Préfet pour approvisionner les véhicules d’urgence ont été fermées aujourd’hui. De toute façon les employés de la raffinerie et les transporteurs sont en grève, donc la plupart des stations sont maintenant à sec.

Hier matin, Maïna a pu aller à Fort de France en bateau, mais quand elle est arrivée, les manifestants bloquaient déjà l’accès à son lieu de travail (situé près de la maison des syndicats, donc cible facile). Elle n’a donc pu faire que demi-tour, et revenir dans le calme de notre Cocon Mitan !
En ce qui me concerne, j’ai attentivement suivi les nouvelles à la radio dès l’aube, et je n’ai même pas pris la peine d’aller jusqu’à ma zone industrielle, qui était totalement bouclée. Certains de mes collègues, qui avaient réussi à entrer très tôt, on peiné à convaincre les manifestants de les laisser sortir !
De nouveaux défilés ont réuni plusieurs dizaines de milliers de personnes, à Fort de France et dans d’autres communes.
Depuis hier, je travaille chez moi (ça me rappelle le télé-travail avec Lyon il y a presque un an), c’est l’avantage de mon type de métier. La plupart de mes collègues ont été contraints de faire de même, certains expulsés de leurs bureaux par des syndicalistes qui ont fait vider les locaux de force… Ils travaillent donc chez eux tout en gardant leurs enfants, la plupart des crèches et des écoles étant bien sûr également fermées.
Quant à Maïna, elle est officiellement au chômage technique jusqu’à nouvel ordre !

Comme en Guadeloupe, le mouvement de protestation ici en Martinique a la particularité d’être très « transversal ». Les revendications portent principalement sur la « vie chère », qui touche tout le monde, au point que la majorité de la population semble rester très solidaire de la grève, malgré ses désagréments. Même ceux qui s’efforcent de continuer à travailler (j’en suis, un peu malgré moi) soutiennent la plupart des actions (non-violentes !)…
En ce qui me concerne, je suis d’accord avec bon nombre de revendications (augmentation des salaires, diminution de certains prix prohibitifs pratiqués par la grande distribution monopolistique), mais certaines méthodes nous ont un peu inquiétés, notamment la fermeture de force de certains magasins, devant des clients parfois apeurés…
La paralysie de la vie économique de l’île m’inquiète moins que Maïna, mais nous restons sensibles à la juste cause qui motive ce mouvement social.

Les tensions ont été exacerbées ces derniers jours par la diffusion à la télévision du documentaire « Les derniers maîtres de la Martinique », qui montre certains békés (les descendants des colons, qui vivent dans une communauté assez fermée et tiennent toujours les rênes du pouvoir économique ici) tenant des propos absolument révoltants au sujet des métissages et de l’esclavage (le parquet de Martinique a ouvert une information judiciaire pour « apologie de crime contre l’humanité et incitation à la haine raciale »).
Si vous voulez vous faire une idée, le documentaire est visible (en morceaux d’une dizaine de minutes chacun) sur YouTube : partie 1, partie 2, partie 3, partie 4, partie 5, partie 6. Également quelques extraits retranscrits sur cette page
Le « problème béké » est un mal qui couve dans la société Martiniquaise depuis la Révolution Française – époque à laquelle les colons de Martinique ont malheureusement réussi à obtenir la protection des Anglais tandis que leurs homologues Guadeloupéens se faisaient joyeusement décapiter par les révolutionnaires de la Terreur… L’esclavage a heureusement été aboli (un demi-siècle plus tard, tout de même), mais les békés de Martinique sont restés propriétaires de la majorité des terres et leur caste relativement fermée a empêché la redistribution (certains d’entre eux diraient certainement « l’éparpillement ») des richesses.
Bien sûr il y a évidemment des individus, descendants de colons, qui ont fait la part des choses, ont su évoluer avec la société dans laquelle ils vivaient, et sont absolument respectables. D’autres, néanmoins, semblent avoir gardé une nostalgie malsaine du temps des colonies, et les liens encore puissants entre les grands patrons békés et le pouvoir central (jusqu’à l’Élysée) entretiennent une situation que beaucoup de Martiniquais (et j’en suis !) trouvent franchement nauséabonde…
Dans le contexte actuel de crise sociale, ce documentaire a réveillé des vieux démons, suscitant une réflexion certainement utile concernant  l’organisation de la société Martiniquaise et la répartition des richesses et des pouvoirs, mais entraînant également malheureusement en retour quelques réactions inquiétantes – certains manifestants indépendantistes risquant de radicaliser leur discours, et (je n’espère pas !) de faire l’amalgame entre békés racistes et blancs/métros…

Pour revenir au sujet de la grève, les négociations sont également compromises par l’attitude méprisante de Jégo, qui s’est enfui dimanche de Guadeloupe pour aller se réfugier à Paris dans le giron de Fillon, et l’attitude tout aussi méprisante de ce-dernier, dans son refus d’impliquer le gouvernement dans un mouvement de grève qui, selon lui, ne concernerait que les relations entre syndicats et patronat (comme si la « vie chère » n’était pas un sujet de mécontentement général dans toute la France depuis plusieurs mois !)…

Les protestations en Guadeloupe et en Martinique commencent à inspirer la Réunion, et même en métropole on pourrait aimer voir survenir ce genre de mouvement, de façon transversale, donnant un souffle nouveau aux manifestations menées ces derniers jours par les universitaires…
Le gouvernement (et l’omniprésident, mieux que tous) a fait mine d’ignorer la situation Antillaise tant que son bruit ne résonnait pas trop par-delà l’Atlantique. Mais il ne fait nul doute que si de telles manifestations avaient lieu plus près de lui, en métropole, il serait contraint d’écouter !

Camarades de l’hexagone et d’ailleurs, rejoignez-nous ;-)

6 commentaires pour Grève générale !

  • S’ils bouclent les aéroports, je vais aller lui botter le cul à Jégo, moi!!!! Et je viens vous chercher à la nage jeudi prochain!!!!

  • Jéjé

    Grève générale et illimitée chez les universitaires lyonnais, depuis le 2 février, on pense fort à vous camarades antillais ! Notre ministre s’amuse à rendre nos revendications corporatistes, en disant même à l’assemblée qu’elle nous fait des « gestes d’amour » (elle augmente les maîtres de conférence de 12 à 25 % selon les cas pour acheter la paix sociale) ! La stratégie du gouvernement est bien de rendre le plus local possible tous les mouvements de protestation : problème antillais, problème des universités, etc., ça évite de dire que toute la France gronde, plus ou moins sourdement (ou bruyamment selon le point de vue) il est vrai.
    A très vite au mois de février pour partager nos émotions protestataires, frères de révolte !

  • doudi

    ben nous on a pris nos billets non remboursables-echangeables et tout le toutim … super ….. si on ne peut pas atterrir …..!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

    snif snif ………

  • Toh

    Doudi : pas d’inquiétude, pour le moment le trafic aérien n’est pas impacté (hormis par la pénurie de touristes, qui risque juste de vous donner plein de place dans l’avion !).
    Pour être tout à fait exact, certaines compagnies regroupent les voyageurs de la Guadeloupe et de la Martinique dans les mêmes avions pour éviter des vols à moitié vides, mais les voyageurs qui veulent s’envoler s’envolent.
    Et de toute façon, j’ose espérer que d’ici juin la grève sera un lointain souvenir (qui aura superbement contribué à baisser les prix ici !)…
    En ce qui nous concerne notre préoccupation du moment est de pouvoir prendre notre avion vers la métropole dans 3 jours…

  • Bérénice

    Il était temps que le peuple antillais s’éveille enfin et j’espère sincèrement que ces Messieurs de l’Elysée nous prendront un peu au sérieux.
    Le fait de vivre sous les tropiques ne fait pas de notre existence quelque chose de forcément paradisiaque ; pour preuve la chèreté de la vie qui profite à la caste des richards en raison de leur monopole sur l’économie sans compter d’autres conlits sociaux latents qui reviennent à la surface.
    Ils arguent comme prétexte que le prix élevé des produits est dû aux frais de transports.
    De qui se moque-t-on lorsque les bananes qui sont des produits locaux, sont plus chers en Martinique qu’en France ?
    Il faut arrêter de se foutre du monde, car plus que jamais la masse salariale qui produit la grande partie des richesses, inégalement répartie, entend faire prévaloir ses droits. Et pour cause que seraient les patrons sans les ouvriers ? Qu’un seul d’entre eux refuse de se rendre au travail et les patrons de ce monde verraient dans quel merdier économique ils se retrouveraient !
    J’espère que ce qui se passe en Guadeloupe, Martinique et autres pays des DOM, va mobiliser davantage en France ou ailleurs. Car après tout la vie chère est l’affaire de tous et le vrai pouvoir croyez moi ce n’est pas le gouvernement qui le détient contrairement à ce que l’on pourrait croire, mais c’est à nous les citoyens qu’il appartient.
    Salariés de tous les pays unissez vous !!!!

  • [...] C’est en parallèle à cette évolution que j’écris ici moi-même le contre-pied à mon propre appel du 10 février dernier [...]

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