La navette m’ayant permis de gagner de précieuses décaminutes de disponibilité oculo-cérébrale par jour, je me suis remis à lire à un rythme gourmand…
Après avoir terminé le très sympathique roman « Evolution » de Stephen Baxter, j’ai eu envie de rester dans la thématique de biologie qui m’est chère, et je me suis attaqué au plus sérieux « Darwin’s Dangerous Idea – Evolution and the Meanings of Life » du philosophe américain Daniel C. Dennett.
Et je me suis surpris, au fil de pages nécessitant pourtant une certaine concentration (surtout en V.O.), à me mettre parfois à sourire, voire à pouffer sur place, par pur plaisir intellectuel !
Pardonnez mes choix de lecture – on ne se refait pas !
J’ai beau avoir le plus grand respect pour les auteurs de fiction, je ne peux m’empêcher de jubiler devant les rares livres qui mêlent en étroite harmonie le souci de la forme et l’intelligence du fond… « Darwin’s Dangerous Idea » fait frétiller de plaisir mes « papilles cognitives », tant par le style enthousiaste et parfois facétieux de Dennett que par la pertinence de son propos.
Je retrouve là le même plaisir que j’ai eu à lire certains livres du biologiste britannique Richard Dawkins ou du cogniticien américain Douglas Hofstadter, tous deux d’ailleurs proches de Dennett…
Avez-vous déjà ri d’une idée ? – non pas d’une idée ridicule, mais au contraire d’une idée qui vous satisfait tellement qu’elle vous fait (presque littéralement) pétiller les neurones ?
Et vous, c’est quoi, votre lecture jubilatoire du moment ?

Comme je suis « malade », mes lectures tournent à la distraction; rien d’aussi sérieux que ce que tu lis. Cela dit, même en fiction, il y a des très chouettes trucs! J’ai été scotchée et terrifiée par I am legend de R. Matheson il y a quelques semaines, et je viens de me délecter de Le parfum d’Adam de Jean-Christophe Rufin. Lequel Rufin a eu un beau prix Goncourt (Rouge Brésil) qui est encore mieux, et je te conseille vivement son auto-biographie: Un léopard sur le garrot: Chroniques d’un médecin nomade.
Enfin, mon dernier très grand choc littéraire a été La Route de Cormack MacCarthy, qui m’a hantée pendant des jours et des jours!
C’est certain, en fiction aussi il y a des trucs chouettes.
D’ailleurs je viens de voir que J.M.G. Le Clézio a eu le prix Nobel de littérature (wow), je vais peut-être m’y replonger… Il y a quelques années, j’avais bien accroché sur certaines de ses nouvelles, peut-être vais-je un jour lire le fameux « Désert »…
Je note également tes conseils pour une prochaine commande Amazon…
Bon courage et bonne lecture ma grande sœur !
En ce moment, je suis dans des lectures dont j’aimerais bien qu’elles restent des fictions. Le titre: « La stratégie du choc. La montée d’un capitalisme du désastre »
L’auteur: Naomi Klein…La thèse est simple: quand une société est désorientée par des chocs (économique, politique, environnemental), elle est prête à prendre des mesures qui restreignent les libertés des individus qui la composent.
Et là où on l’on souhaiterait que cela ne soit qu’un mauvais rêve, on s’aperçoit que la société dont il est fait mention est la nôtre!
Bref, pas un livre très heureux, mais une thèse osée et assez convaincante…
Belles lectures Toh!
Pour l’heure, je suis comme Linou, la maladie me porte plus vers les lectures pas trop prises de tête, même si je comprends parfaitement la jubilation que l’on a à lire certains ouvrages « sérieux ».
En ce moment, côté « fun », je lis Millénium 1/ Les hommes qui n’aimaient pas les femmes (curieuse idée, quand même), de Stieg Larsson, et j’aime bien, alors que je me méfiais du côté best-seller mondial. Côté « sérieux », je prends beaucoup de plaisir à lire Aristote au Mont Saint-Michel, les racines grecques de l’Europe chrétienne, de Sylvain Gouguenheim. Dans cet ouvrage, Gouguenheim montre que la pensée antique, grecque notamment, n’est pas majoritairement passée par la transmission arabo-musulmane, comme souvent affirmé, mais par des biais plus directs, quoique complexes, où certains monastères, comme le Mont, ont joué un rôle essentiel. Ce livre est assez iconoclaste, et m’ a permis de découvrir des personnages comme Jacques de Venise, parfaitement inconnu même par bien des érudits. Bref, j’aime beaucoup.
Alors, à bientôt pour d’autres aventures livresques,
Mick
Aaaah, je ne suis pas le seul à avoir des lectures « sérieuses » !
(On a la famille et les ami(e)s qu’on mérite, hu hu hu !)
Marie :
D’accord avec une vision un peu inquiétante des chocs – et de celui que nous vivons actuellement…
Mais le Diplo a quand même titré sur son dernier numéro « Le jour ou Wall Street est devenu socialiste« , alors tout ne va pas si mal
Comment ça, je suis naïf ?
Mick :
Quoi, tu ne connaissais pas Jacques de Venise ? Hooaaah, l’aaauuutre !!!
C’était pourtant un homme connu au Moyen-Âge… Mais siiii, rappelle-toi : il était marié à Bernadette de Rome (connue pour le colisée effondré qu’elle portait sur la tête)…
Même que Jacques de Venise a été assassiné au XIIe siècle par Nicolas Le Nain, un serial killer atteint d’un mélange complexe d’hystérie paranoïaque de La Tourette…
Je suis heureux d’obtenir des réponses à ma seconde question (« c’est quoi, votre lecture jubilatoire du moment ? »), mais qu’en est-il donc de la première ?
« Avez-vous déjà ri d’une idée ? – non pas d’une idée ridicule, mais au contraire d’une idée qui vous satisfait tellement qu’elle vous fait (presque littéralement) pétiller les neurones ? »
Ma lecture sérieuse du moment, c’est un bouquin de Banasayag que je conseille à tous ceux qui s’intéressent aux conséquences psychiques des multiples aspects de la crise sociale. Un point de vue de psy engagé, pas simplement enfermé dans la tiédeur confortable de son cabinet. Le livre s’appelle « Les passions tristes », un titre ambivalent qui exprime toute la teneur de la souffrance de l’homme d’aujourd’hui. C’est en même temps un petit pamphlet contre une société utilitariste, économiciste, productiviste, une société qui oublie qu’on ne peut résumer le sujet humain qu’à une valeur marchande (ou à un symptôme identifié et rigide dans le champ de la médecine). C’est un plaidoyer pour une reconnaissance de ce qui fait la complexité du désir de chacun qui doit trouver à se loger dans la contrainte du lien social. Psy et politique.
C’est vrai on ne réponds pas à ton autre question… Je me souviens d’une lecture aussi jubilatoire sur le plan de l’écriture (avez-vous déjà ri face à un texte particulièrement bien écrit) que des idées. C’était « On writing » de Stephen King, un ensemble d’essais et de conférences sur la littérature et l’écriture. J’ai bouffé des livres de critiques littéraires chiants comme la mort pendant mes études, et la façon d’aborder l’écriture de S. King est particulièrement rafraichissante et drôle. Il n’hésite pas à mélanger littérature et Littérature, à relever de très mauvais passages chez des auteurs unanimement encensés et à s’exclamer de la plume d’un auteur de seconde zone. Le chapitre « tools » est particulièrement malin et pertinent dans sa description des outils du mauvais écrivain (celui qui use et abuse des adverbes faute de connaître suffisamment de verbes, par exemple). Mon bouquin est rangé je ne sais où, donc je ne peux pas le citer… mais franchement, pour qui aime King, la littérature, l’irrévérence et l’humour, c’est une bonne lecture!
Jéjé :
As-tu vu le commentaire de mon Otarie de soeur ?
Ce bouquin de Stephen King pourrait t’intéresser, non ?
Les choix de lecture (hors fiction) des uns et des autres me font me demander si Maïna et moi avons choisi les bonnes carrières… 8-/
Tandis que l’évaluatrice économico-politique Marie lit de l’économico-politique (comment ça j’ai rien compris ?), que l’historien-géographe Mick lit de l’histoire-géographie (pas que, je le sais bien), que le chercheur psycho-politique Jéjé lit de la psycho-politique (enfin, étant en thèse, il n’a sans doute pas le choix), que l’anglo-linguiste Otarie lit des analyses littéraires en anglais… eh bien moi je lis beaucoup plus de biologie que d’informatique, et je n’ai pas vu ma Koalate lire des ouvrages de finances publiques depuis la fin de sa formation
Bizarre bizarre…
Coucou!
Pour ma part, je viens de terminer un livre super que Marie m’a offert cet été, Le jour où mon père s’est tu de Virginie Linhart, la fille de Robert Linhart fondateur du mouvement pro chinois en France et une grande figure de Mai 68. J’ai adoré, j’ai trouvé ça super intéressant! Ce livre est le recit des enfants d’anciens 68ards et qui raconte l’après 68. Cela m’a permis de comprendre beaucoup de choses sur notre société mais aussi sur mon père ou notre éducation! Je n’ai d’ailleurs pas pu m’empêcher de l’offrir à mon père.
Sinon Alyne, je viens aussi de terminer Le journal de mon père que tu m’avais recommandé cet été. Je n’aime pas trop les mangas mais je dois dire que là, c’était super chouette et très émouvant!
Je viens aussi de lire Entre les murs de François Begaudeau et je n’ai pas trop aimé. Je n’ai pas vu le film, mais le livre est creux, sans histoire, juste des tranches de vie et j’avais l’impression de voir Envoyé Spécial. Et j’ai trouvé qu’ils faisaient une description des profs pitoyable. Je ne sais pas si c’est la réalité mais je ne crois pas trop à ce tableau si négatif des profs.Vous avez vu le film? c’est bien? ça vaut le coup d’aller le voir?
Et vive la navette qui nous permet de lire beaucoup!Bises à tous!
J’ai lu le bouquin il y a quelques mois et j’ai trouvé très juste les incidents banals du quotidien et la description façon tranche de vie des cours. Cela dit, je trouve que Bégaudeau décrit effectivement des profs navrants: ou bien il travaille réellement avec des ploucs, ou bien il a décidé de ne montrer que les côtés négatifs de son quotidien de prof. C’est d’ailleurs pareil avec les élèves: il n’y en a pas un de mignon, de futé, d’attendrissant, de rigolo…
Non, pour une belle reconstitution d’une année scolaire dans un collège un peu dur, mieux vaut voir le très chouette téléfilm « Il faut sauver Saïd » de France 3, qui raconte du point de vue d’un petit garçon le passage difficile de l’école-cocon au collège-jungle et dans lequel les portraits d’adultes et d’enfants sont nettement plus nuancés que dans le livre de Bégaudeau.
Coucou,
Ben oui, je me lance aussi puisque surveillant de nuit, c’est qu’ça vous en laisse du temps . Alors, parmi les lectures jubilatoires, côté sérieux (Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans…), j’ai été « tourneboulé » par Tristes tropiques de Levi-Strauss (« ce que tu nous montre, voyage, c’est notre ordure jetée au visage du monde. »). Sinon, pour ceux qui aiment la poésie, j’ai adoré Issa, qui a fait des haïku d’une drôlerie et d’une justesse renversantes (heureusement, je lis assis !), ainsi que Su Tung Po, lettré chinois du 11° siècle, la lecture de ses poèmes montrent à quel point, à l’époque, la carrière officielle était directement liée à l’empereur(qui, à certaines époques, se sont succédés à une vitesse !), surtout lorsqu’on veut rester honnête ! Bref, un homme bien, comme le peuple chinois mériterai d’avoir.
Et enfin, dernière lecture bouleversante, Où on va, papa ? de Jean-Louis Fournier. Il a écris ce livre, comme une lettre à ses deux garçons, qui ne le liront jamais puisqu’ils sont handicapés mentaux. Amis de Pierre Desproges, on reconnait une filiation dans son humour noir. C’est parfois drôle, jamais larmoyant, et ça vous prend là ! Voilà, j’espère ne pas avoir été trop long, et bonnes lectures…