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Martinique: 21/05/2012 19:10
Métropole: 22/05/2012 01:10

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Obsèques nationales

Comme vous l’aurez compris (peut-être ?) dans mon précédent article, nous avons passé la journée d’hier aux obsèques d’Aimé Césaire, au stade Pierre Aliker de Fort-de-France.
Une façon de nous sentir un peu plus Martiniquais, et un peu plus humains même, en accompagnant ce grand homme pour ses dernières heures au mitan des siens.

Arrivés vers 11 heures du matin, nous avons patienté de longues heures assis dans les tribunes, nous imprégnant de l’ambiance à la fois respectueuse et électrique d’une foule Antillaise habillée de noir et blanc (nous aussi, cela va de soi).

Nous avons finalement renoncé à descendre dans le salon d’honneur pour voir la dépouille du poète politicien, plus par pudeur qu’autre chose.
Allez, je ne vais pas vous la faire : avant de venir vivre en Martinique il y a 6 mois, je ne sais même pas si j’avais vraiment entendu parler d’Aimé Césaire… Inculte que je suis ! Ou si j’en avais entendu parler (après tout, j’avais effectivement entendu parler de Léopold Sedar Senghor), c’était sans connaître le moindre détail de sa vie et de son œuvre…
C’est chose rattrapée, il n’est jamais trop tard, et j’ai passé une partie de ces derniers jours à m’imprégner de ses écrits, à m’inspirer de ses engagements.
Mais contrairement à de nombreux Martiniquais, je ne l’ai jamais rencontré vivant, aussi cela me gênait un peu de me présenter face à lui mort.

C’est donc en respectueux spectateurs que nous avons assisté à la cérémonie d’obsèques nationales.
Après plusieurs heures d’attente, de trombes d’eau et de sandwich, les choses ont commencé à se mettre en mouvement vers 13h30, avec l’arrivée de la famille et des personnalités, délégations africaines, caribéennes, et françaises.

La cérémonie en elle-même a été très émouvante, de l’intervention du Docteur Pierre Aliker aux textes déclamés par l’écrivain Daniel Maximin et les comédiens Jacques Martial, Aliou Cissé, Suzy Cinga, Rudy Silaire, et Akonio Dolo.

Mais surtout, ce sont les réactions du public Martiniquais massé autour de nous, qui nous ont transportés…

L’ovation lors de l’entrée de Pierre Aliker, 101 ans, d’une force et d’une constance absolument magiques…
Les applaudissements nourris lorsque Pierre Aliker cite Karl Marx : « Il ne faut jamais permettre que l’intérêt général soit noyé dans les eaux glacées des intérêts privés« . Face à Nicolas Sarkozy, qui accuse le coup en silence, c’est jubilatoire !
Les chants, vivants et énergiques, qui accompagneront le cercueil, de sa sortie du stade au cimetière de La Joyau, quelques kilomètres parcourus à pied par les plus fidèles admirateurs du « nègre fondamental » !

Quelques précisions anecdotiques, sur ce que les médias ne vous diront certainement pas, mais nous, nous y étions, vos yeux et vos oreilles non censurées !

- Que Ségolène Royal est arrivée dans le stade bien avant ses « copains » du P.S. (François Hollande, Laurent Fabius, Pierre Mauroy, Lionel Jospin) : encore et toujours bande à part, mais encore et toujours acclamée par le public Martiniquais !

- Que notre nabot de président, à peine visible au mitan de sa délégation, s’est fait huer par la moitié du stade lors de sa propre entrée !
Ça soulage, surtout d’avoir à supporter la présence de l’auteur du pitoyable Discours de Dakar (celui du 26 juillet 2007, je rappelle pour les amnésiques : « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. ») aux obsèques de l’auteur du magistral Discours sur le colonialisme…
Mais j’admets : pour une fois il était dans son rôle de président (représentant l’État pour des hommages nationaux) et non de roitelet bling-bling, c’est suffisamment rare pour être apprécié !
Et, sur demande de la famille d’Aimé Césaire, il n’a pas prononcé le moindre mot pendant la cérémonie, ce qui était doublement jubilatoire, connaissant l’hyperactivité maladroite et la rudesse égocentrique de l’énergumène…

- Que François Bayrou est reparti sous nos yeux en 4×4, mais au moins il co-voiturait !

- Que les hasards de la circulation, après la sortie du stade, nous ont propulsés non loin derrière le corbillard, entre la voiture de Pierre Aliker et celle de Serge Letchimy, on avait mis quelques minutes à comprendre pourquoi le public massé sur les côtés de la route saluait la voiture devant nous !

- Que nous avons vu un gars peiner à pousser une moto sur le bas-côté de la route, quelques secondes avant d’entendre à la radio le reporter s’excuser d’avoir un peu perdu le fil pour cause de panne de moto !
Troublante impression d’être au cœur de l’événement !

Mais au-delà de ces anecdotes, nous avons vraiment eu le sentiment de vivre une page importante de l’histoire martiniquaise, française, et universelle.
Et la possibilité de partager ça avec la population de Martinique a été un immense privilège, comme l’est la chance de pouvoir dès à présent nous plonger plus avant dans les écrits et les paroles d’Aimé Césaire…

2 commentaires pour Obsèques nationales

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